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Catastrophe Lubrizol, et maintenant ? Dernier bilan au 10 février 2020

Lubrizol : Un nouveau bilan

Cela fait maintenant un peu plus de quatre mois maintenant qu'a eu lieu la catastrophe du site Lubrizol Rouen, qu'en est-il exactement ?

Nous en savons plus sur les rapports préalables des assureurs, sur les réels dangers pour l'homme et la nature, sur les divers matériaux et substances qui ont envahis l'air et la terre... Nous vous proposons donc un nouveau point complet, basé sur les dernières informations fiables reçues récemment et sur des articles sourcés de la presse locale et nationale. Et très bientot nous vous proposerons un article sur la reprise de l'activité sur le site... restez connectés.

Le rapport accablant de la compagnie d’assurance de Lubrizol :

Une inspection de l’assureur du groupe américain avait pointé les failles du dispositif anti-incendie de l’usine chimique qui ont conduit à l’accident, voyons ce que  révèlent les journaux Le Monde et l'express et ce qu'a expliqué le représentant des victimes sur RT France :

 

1. Sur les risques :

 

Le monde nous apprend que l'assureur de Lubrizol avait alerté le groupe sur les risques imminents d'une catastrophe, et ce quelques jours avant qu'elle n'arrive,   petit extrait de ce rapport : « Lors d’un incendie, les conteneurs intermédiaires en plastique (IBC) fondraient rapidement et le liquide combustible et/ou inflammable se répandrait sur le sol, créant comme un grand feu de piscine, est-il indiqué. En raison de l’insuffisance d’espace de séparation et du manque de systèmes de confinement et de drainage adéquats, ce feu se propagerait rapidement à l’ensemble du bâtiment A5, entraînant sa destruction totale, et pourrait même s’étendre aux bâtiments environnants. Ce qui pourrait conduire à l’arrêt des activités d’enfûtage du site pendant plusieurs semaines ou mois avant qu’une solution temporaire ne soit trouvée. ».

 

On apprend également sur l'express.fr que "le rapport de la compagnie d'assurances pointe également d'importantes lacunes dans les systèmes de sécurité mis en place sur le site classé Seveso. FM Global regrette par exemple qu'il n'y ait  pas de plan de protection pour le stockage des conteneurs en plastique ou des fûts en métal à l'intérieur du bâtiment A5".  

 

 

2. Sur les solutions possibles :

Et le pire dans tout cela c'est que cela fait de nombreuses années que l'assureur alerte le groupe sur ces failles, sans aucune réaction de celui-ci, alors même que des solutions étaient préconisées : "Pour diminuer les risques, la compagnie FM Global avait préconisé de ne plus entreposer de conteneurs en plastique (IBC) dans le bâtiment et les remplacer, dans la mesure du possible, par des conteneurs en métal dotés de système de détection incendie et d’éloigner les IBC et les fûts en métal à au moins 15 mètres des murs du bâtiment.

Autre point faible pointé par l’assureur : le système de sprinklers, ces extincteurs gicleurs d’eau fixés en hauteur et fonctionnant de manière automatique dès qu’ils détectent une chaleur excessive. Il aurait fallu en installer une trentaine de plus et convertir le système pour qu’ils s’ouvrent tous en même temps, le doter aussi d’un système de détection électrique « avec de la mousse » produite à partir d’une solution aqueuse."

 

 

 

3. Parole des victimes sur le sujet :

Ci-dessous l'entretien de Simon de Carvalho, président de l’Association des sinistrés de Lubrizol pour RT France :

Les résultats des dernières analyses  (points de vue de la préfecture et de divers spécialistes ) :

Informations sur les divers pollutions des autorités lors du comité de transparence de Lubrizol  à la préfecture de Seine-Maritime, ainsi que les résultats d'analyses sur le lait maternel    (sources : actu.fr et  publisenat.fr)  :

 

1. Pollution des sols :

 

Suite à des analyses dans 17 communes  « Le rapport fait apparaître une présence de plomb et de mercure qui semble liée à une pollution historique, présente Olivier Morzelle, le directeur de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement). Il n’y a pas de lien avec Lubrizol. »

 

Mais dans une seconde série d’analyses effectués dans 23 autres communes de l’agglomération rouennaise, on trouve en plus des  traces de plomb, du benzopyrène, un hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP), un traceur potentiel de l’incendie, et ce sur : Bois-Guillaume, Bosc-Guérard-Saint-Adrien, à Déville-lès-Rouen, à Houppeville, à Bosc-Bordel, Mauquenchy, Roncherolles-en-Bray, Saint-Saëns et Serqueux. « Mais pour que ce soit dangereux, il faudrait vraiment manger et ingérer la terre », semble assurer Olivier Morzelle...

 

 

2. Pollution de l’eau :

 

Gros travail de l’agence de l’eau Seine-Normandie qui a communiqué plus de 11 000 résultats d’analyses pour  plus de 400 molécules différentes, dans la Seine, sur les côtes et affluents ainsi qu'en eaux souterraines, et ce sur trois périodes : octobre,  novembre et décembre.  A l'heure décrire ces lignes, seuls les résultats d'octobre sont connus :

"Les niveaux sont conformes à l’exception de certains dépassements portant principalement sur les métaux, les HAP et les dioxines, mais qui restent sous les seuils sanitaires, décrypte  Pascale Faucher, directrice territoriale seine-aval de l‘agence de l’eau Seine-Normandie.

Par ailleurs, comme nous n’avons pas d’historique, nous ne pouvons pas savoir si ces dépassements sont liés ou non à l’incendie de Lubrizol et Normandie Logistique.  En ce qui concerne l’eau potable, l’Agence régionale de santé (ARS) Normandie réitère ses déclarations :  Tous les résultats d’analyses effectués jusqu’alors sont soit conformes aux seuils, soit, s’il n’y a pas de seuil, au bruit de fond."

 

 

3. Pollution de l’air :

 

45 prélèvements ont été réalisés sur la Seine-Maritime, les résultats sont clairs, les réponses du préfet quand aux causes, un peu moins... : " il n’y a pas de points d’attention depuis l’extinction de l’incendie", " La présence d’HAP (suie) à Buchy était liée à la proximité d’un parking ", nous explique le préfet.

Saint-Saïens : pour les dioxines le doute a été levé après des prélèvements complémentaires.

Mont-Saint-Aignan et Bois-Guillaume : pour le zinc le doute a également été levé après un ultime contrôle .

 

En ce qui concerne  l’amiante, le préfet nous explique que "les trois campagnes réalisées sur des périmètres de 300, 800 mètres et 15 kilomètres ont confirmé l’absence de fibres d’amiante.  Mais  l’union régionale de professionnels de santé précise que " de toute façon, les fibres d’amiante sont tellement volatiles qu’elles sont rapidement parties très loin d’ici, en Russie ou ailleurs sur la planète". Ce qui signifie bien que les premiers jours nous avons subie cette pollution à l'amiante sur le secteur, et qu'en plus, depuis, c'est une grande partie de la planète qui l'a subie... !

Infos publisenat.fr sur le sujet fin janvier : André Picot, président de l'association Toxicologie Chimie, assure lui, que non seulement de l’amiante s’est bien dispersée lors de l’incendie de Lubrizol, " il y avait un toit en fibrociment (…) Il est retombé en pluie de poussière d’amiante" mais surtout que les populations en contact immédiat (comme les pompiers) ont été touchées. Ces propos sont en contradiction avec la version des autorités expliquant qu’il n’y a pas eu de fibres d’amiante dans l’air.

 

En ce qui concerne les odeurs persistantes d'hydrocarbures autours de Lubrizol et parfois dans les communes un peu plus éloignées, la encore le préfet est plutôt dans le flou, il admet "qu’elles subsistent et rappelle que les mises en demeure ont été levées pour Lubrizol et Normandie Logistique à l’exception de cette question des odeurs.  Ces odeurs qui reviennent au gré des travaux peuvent provoquer de l’anxiété" précise-t'il sans pour autant en indiquer la dangerosité ni les conséquences sur l'homme et la nature...

 

 

4. Pollution dans la darse :

 

Le bassin aux Bois (la darse) ainsi que la station d’épuration de Petit-Quevilly sont les deux lieux qui ont été les  plus marqués par l’incendie,  voila ce que nous en dit le préfet  :  "Ces deux sites, par leurs usages, concentrent de fortes quantités de pollution. Ce sont eux qui ont recueilli l’essentiel des hydrocarbures de l’incendie."

 

Il nous indique également la fin du pompage des polluants dans la darse, soit plus de 500 tonnes de produits traités. "Il reste le nettoyage des parois à effectuer qui se fera en mars 2020 avec un robot nettoyeur spécialisé". "La catastrophe a aussi eu un impact important sur la qualité des sédiments de la darse, mais pas en dehors. La pollution s’est cantonnée à la darse. Je rappelle qu’on aurait pu avoir une marée noire jusqu’au Havre… " Pas de pollution en dehors de la darse ? A t'on des résultats d'analyses pour tous les environs, forcément non... et expliquer que le drame aurait pu être pire encore, ne nous rassure pas forcément ! Précisons que des mesures de dragages sont "envisagées" pour sa remise en état (Seulement envisagées ? Et quand ????).

 

 

5. Pollution dans les stations d’épuration :

 

"La station d’épuration Émeraude de Petit-Quevilly a été le réceptacle de l’ensemble des eaux ruisselantes et du lessivage post-incendie, c’est donc normal que ses boues concentrent des polluants non détectables dans les eaux ", explique le préfet.

Selon des analyses de l’eau entrée dans la station du 26 septembre au 4 octobre et du 11 au 17 décembre, ainsi qu’une analyse des boues les 3 octobre et 25 novembre, deux dioxines (OCDD et HPCDD) ont été repérées plus fréquemment dans les jours suivants l’incendie.

"Sept furanes ont été quantifiés dans les eaux usées pendant l’incendie,  et non pendant la campagne de décembre ". "La concentration des boues fait remarquablement ressortir les données du 3 octobre, en matière de concentration de furanes ", indique le préfet.

 

Un protocole particulier est prévu pour les boues polluées. " Par ailleurs, par mesure de précaution, les boues des 18 autres stations d’épuration de l’agglomération de Rouen concernées par le panache de fumée sont consignées dans l’attente de résultats d’analyses, précise Olivier Morzelle. Ces analyses permettront de statuer si l’on peut procéder ou non à l’épandage de ces boues sur les terres agricoles. " Si les analyses font état de boues polluées, la Dreal assure qu’elles seront traitées selon le même protocole que celles de la station d’épuration Émeraude.

Sur ce sujet, Isabelle Striga, la directrice générale de Lubrizol a fait preuve d'un cynisme honteux en faisant  peser les responsabilités sur les citoyens : "Les particuliers ont également nettoyé leurs toits, leurs murs, ce qui a fait ruisselé de nombreux polluants présents avant."

 

 

6. Impact sur le lait maternel :

 

Les dernières analyses de lait maternel et d’urine confirment un  effet Lubrizol, avec la présence d’hydrocarbures dans les fluides de plusieurs mamans originaires de Rouen et sa région :  Un   taux d’éthylbenzène et de xylène contenu dans le lait  plus élevés après la catastrophe industrielle qu’avant. Voila ce que l'on sait, édifiant non ? Alors certes les taux sont ensuite redescendus, mais qu'en est-il des bébés qui ont consommé ce lait maternel ? 

 

Pour les analyses d'urine, le constat est globalement le même, avec ceci de différent qu'il est probable que ces produits soient dus également à la grande pollution constante de Rouen et des communes proches, et pas uniquement à Lubrizol...

A ces analyses, le gouvernement répond encore une fois avec mépris en expliquant que les mères n'ont pas forcément respecté un protocole précis...  Voila ce qu'explique Maitre Balouze, avocate des familles sur actu.fr : elle dénonce l’« inertie de l’ARS » : « Si l’initiative avait été prise par l’État, nous aurions pu avoir des prélèvements dans les jours suivant l’incendie. Mais visiblement l’État préfère assurer l’ordre et ne pas chercher, plutôt que de prendre le risque de générer des craintes. "

 

En octobre, l’avocate rouennaise avait demandé à l’ARS de commanditer elle-même ces analyses. Seulement, les experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et de Santé publique France ont estimé que "l’état actuel des données et éléments disponibles ne conduit pas à identifier […] de mesures particulières vis-à-vis de l’allaitement ou à conclure au besoin de mettre en place un suivi spécifique pour cette population".

Une plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui à bien sur été déposée.

 

Prélèvements indépendants et citoyens à 25 /40km de Lubrizol :

Une page que l'on suit sur Facebook et animée par Vincent Bourges à fait des analyses indépendantes à 25 et 40 km de Lubrizol pour voir l'impact sur les sols agricols notamment, voila ce qui en résulte (ndlr : comme le précise Vincent Bourges lui-même " On ne trouve pas non plus ce qu'on ne cherche pas, c'est la limite de cet exercice citoyen... et entièrement bénévole ! Ou l'on découvre que l'on vit dans un environnement pollué...") :

 

" Pour rappel les prélèvements ont été réalisés à 25km de Lubrizol (vers Bois Guilbert) et 40km de Lubrizol (au sud de Neufchatel), chez des maraichers du réseau des Amap Haute-Normandie, sur des zones touchées par les retombées de suies.

 

En synthèse, suite à plusieurs interprétations de ces résultats bruts par différentes personnes compétentes, les résultats sont rassurants (a) quant à l’impact de Lubrizol (b) sur les 2 zones testées.
On ne peut pas extrapoler ces résultats sur d’autres zones, mais ça va quand même dans le sens de la levé les restrictions sur les produits agricoles le 19 octobre dernier par la préfecture.

 

Pour la grande majorité des polluants (HAP, hydrocarbures, PCB – base, hydrocarbures mono-aromatiques, COHVs, chlorobenzènes) les résultats sont inférieurs aux limites de quantifications. Ils ne sont donc pas dans des proportions détectables, que ce soit sous serre ou en plein champ. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais dans des proportions très faibles.

 

Pour les métaux (Sb, As, Ba, Cd, Cr, Cu, Mo, Ni, Pb, Se, Zn, Hg), les résultats sont sensiblement les même entre les prélèvements réalisés sous serre et ceux réalisés en plein champ. Les proportions varient certes d’un échantillon à l’autre, mais dans des proportions raisonnables. Et ça varie dans les mêmes proportions entre 2 échantillons sous serre ou 2 échantillons en plein champ. On est globalement dans les moyennes observées par ailleurs en seine maritime.

 

A noter que pour certains composés (Hydrocarbure C10-C16, chlorures, phosphates), la quantité est supérieure sous serre à ce qui a été relevé en plein champ. Rien de surprenant, on sait déjà que l’air en zone confiné (maison, voiture) est plus pollué qu’en extérieur. L’utilisation du motoculteur sous serre est sans doute à l’origine de cette différence.

 

Pour les dioxines, furannes, PCB dioxine Like on a 3 échantillons :
- 1 échantillon chez chaque maraicher présente un ITEQ (équivalent toxique de la somme des 17 dioxines et furannes toxiques) inférieur à 1ng/kg
- 1 échantillon chez le maraicher à 45km présente un ITEQ de 6ng/kg.
Il s’avère que la zone ou cet échantillon a été prélevé (à 100m du point à 1ng/kg), servait de stockage de machine agricole. Les feux de produits agricoles traités aux produits phytosanitaires produisent également de la dioxine, qui reste présente dans le milieu longtemps. Ces 2 explications justifient peut-être cette mesure plus haute que les autres, on aurait donc une pollution accidentelle antérieure pour ce point.

 

Ces 3 points sont en tout cas dans la moyenne des valeurs de dioxine observée en Europe (entre 1 et 16 ng/kg, voir publication du BRGM ci-dessous, p29). D’autre sources indiquent en seine maritime une moyenne entre 1 et 2 ng/kg, donc selon ce critère on a 1 point bon chez chaque maraicher et un point avec un seuil dépassé chez l’un d’eux, du fait d’une potentielle pollution ponctuelle.

 

Page Facebook : Analyse citoyenne indépendante de la pollution Lubrizol


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