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À la rencontre de : Dominique Lainé, valorisateur de la culture et de l'économie seinomarine

À la rencontre de : Dominique Lainé

 Dominique Lainé est avant tout un passionné, de la vie, de notre département, de partage… 

C'est bien pour cela qu'il a créé le groupe Facebook Seine-Maritime que j'Aime, qui "réunit les acteurs seinomarins de l'économie, du tourisme, de la culture, du sport et leurs amis." Un groupe très positif ou l'on trouve des partages d'événements, de photos de la nature et du patrimoine seinomarin, des articles issus des médias locaux, mais aussi des mises en valeurs d'entreprises locales, de projets… bref un groupe loin des cancans et de la haine de certains, et cela fait vraiment du bien, je ne compte plus les contacts et découvertes que j'ai pu y faire, que ce soit dans le cadre d'alternative76.fr ou à titre personnel. Il me tardait donc d'en savoir plus sur son créateur, et découvrir son histoire, ses coups de  cœurs… 

L'interview :

Bonjour Dominique, pourrais-tu te présenter en quelques mots pour nos internautes ?

 Un jour, comme Queneau, (oh la la attention l'ego) je suis né... C'était au Havre, il y a près de soixante ans maintenant. Enfant, je n'ai que peu connu ma ville natale. J'ai vu le jour à la maison, tout près de ce qu'aujourd'hui on nomme le « Pasino », le casino Partouche et qui était à l'époque le bâtiment abritant la Chambre de commerce et d'industrie d'un Havre pansant les blessures de la guerre et s'inscrivant dans la modernité, riche de sa fonction publique et de ses ouvriers ardents à reconstruire le bonheur familial après les horreurs encore toutes fraîches d'une destruction totale. J'ai débarqué ici, un 21 janvier de l'année 1959 après ma sœur et mes deux frères. Le petit dernier devait naître à Bolbec en 1966. Je n'ai que peu de souvenirs de l'époque car mes parents allaient bientôt prendre leur balluchon pour courir d'autres routes. En ces années 60, le travail n'était pas rare pour qui en voulait et mon père allait bientôt s'embarquer pour des métiers aussi différents que assureur, chauffeur routier, gardien de nuit, intendant d'un château en région parisienne, ouvrier de l'industrie automobile... Donc, du Havre, je ne conserve, de ce temps, que l'image des camions de chantier qui œuvraient à l'édification du quartier populaire du Haut-Graville que je quittais dès l'âge de cinq ans. Les déménagements allaient ensuite se succéder. Seule parenthèse dans ce nomadisme, une longue période d'enfance à Bolbec, ma vraie ville d'origine finalement, chère à mon cœur.

 Comme papa, je m'ennuie rapidement dans un métier dès que m'assaille le sentiment que s'installe la routine. En 1976, je reviens au Havre, où je vis toujours, avec dans mes bagages qui ont traîné dans le 13e arrondissement de Paris, une petite expérience de journaliste. La pige, cependant ne nourrit pas son homme. Donc, à l'aube de mes vingt printemps, j'intègre la fonction publique où cependant j'exercerai différents métiers entre la sécurité, le social, les services techniques, le juridique, la finance (un peu mais pas trop), et, in fine, le retour au culturel qui me fait tenir debout depuis toujours. 

 

 

Peux-tu nous en dire plus sur Seine-Maritime que j'Aime, le très sympathique et fédérateur groupe Facebook que tu a créé ?

Photo de présentation du groupe facebook Seine-Maritime que j'Aime
Photo de présentation du groupe facebook Seine-Maritime que j'Aime

 C'est il y a deux ans que germe en moi l'idée de réunir dans un groupe Facebook les talents et les curieux de la Seine-Maritime. Coincé pour des raisons personnelles à la maison, je me morfonds de mon activité culturelle. Ma bougeotte connaît une pause obligée. A ce moment, je ne peux même plus me rendre dans ma Bretagne chérie qui nourrit mes rêves et mes espoirs depuis un changement de vie. Alors je regarde, avec du recul ce département dans lequel je vis. Et je me dis qu'il est indispensable de trouver motif à vivre heureux là où on est. La Seine-Maritime entre Caux, Bray et Picardie jouit d'une diversité d'histoires et de pays qui, je l'avoue, au départ, me console de mon éloignement breton. Et puis, le temps étant un peu suspendu, je redécouvre les lieux de mon enfance, la richesse innovante de cette Haute-Normandie du présent et j'en ai assez des polémiques sur Facebook qui ne distraient pas mon quotidien arrêté mais l'empoisonne. J'ai envie de beau, de vrai, de motivant là où je suis. Alors voilà, je lance sur un coup de dés un groupe pour voir la vie en Seine-Maritime avec des verres un peu teintés de bonheur. Au départ je me dis que je vais faire ça comme ça, pour passer le temps. Très rapidement me rejoindront un vieux complice, Xavier Guillet et un nouveau, Ludovic Lepetit... et puis le groupe s'enrichira vite de nouveaux venus, de tous horizons. Aujourd'hui, chaque matin, plus de 4 600 personnes prennent connaissance via le groupe de ce qui se fait de mieux ici, en Seine-Maritime grâce à des contributions collaboratives, 16 administrateurs(trices) et modérateurs(trices) et le lien avec les différents médias seinomarins. Je suis convaincu depuis toujours que le département n'est pas qu'un échelon administratif de la France, mais qu'il est la dimension idéale du vivre ensemble, entre la commune, centrée sur elle-même et la région, trop vaste pour être proche. C'est aussi le creuset des vraies traditions populaires et le lieu des échanges à taille humaine pour l'innovation et le partage. Alors voilà, une idée en l'air est devenue une petite réussite. Mon ambition est que chacune et chacun des membres du groupe se l'approprie pour partager, auprès des grandes manifestations et actualités, les multiples initiatives et coups de cœur qui font, simplement, humblement, la vraie vie des seinomarins. Que les talents cachés puissent émerger grâce à la convergence de l'événementiel et du quotidien.

Retrouvez le groupe Seine-Maritime que j'Aime sur Facebook : https://www.facebook.com/groups/76infos/

(Oui l'url indique 76infos, mais c'est l'ancien nom, et c'est bien plus court imaginés sinon la longueur de l'url…)

 

 

Passons maintenant à tes coups de cœurs, aurais-tu des lieux à conseiller, des immanquables pour toi, sur le département ?

 Le département de Seine-Maritime regorge de lieux sympathiques. Dans le groupe Facebook, il ne se passe pas une journée, parfois pas une heure sans qu'une nouvelle photo vienne illustrer le coup de cœur d'un des membres. C'est pour moi aussi l'occasion de découvrir des endroits que je ne connaissais pas. Dans le panthéon touristique de mon cœur se détache bien sûr Bolbec puisque c'est la ville de mon enfance. Une enfance vécue entre la rue terrain d'aventure et les livres dans le grenier de ma grand-mère Élisabeth. Bolbec, sous l'impulsion de son maire Dominique Métot a beaucoup évolué. Tout en conservant le charme d'une ville moyenne de Caux bâtie autour de sa belle église Saint-Michel, il a aménagé des espaces qui étaient peu ou mal utilisés comme le Val aux Grès, superbe centre culturel au sortir de la ville bordé d'un bois et architecturé autour du « château ». Le lieu permet également avec la piste de BMX à la ville de s'enorgueillir d'un des meilleurs clubs de la région. L'espace convivial du Val aux Grès accueillait encore les « lan parties » de geeks passionnés venus de toute la France ! Bolbec dispose de verdure, de vieilles rues chargées de l'histoire du textile et... d'une forte communauté protestante aussi. Il faut les découvrir en flânant. Il reste bien sûr beaucoup à faire pour sortir la ville d'une léthargie qui s'était emparée d'elle lors de la fin du textile dans la « vallée d'or du commerce et de l'industrie ». Récemment, le styliste Jean-Charles de Castelbajac qui compte des attaches familiales avec Bolbec est venu tout spécialement donner un éclairage particulier sur l'atelier-musée du textile de Bolbec qui fait revivre toute cette histoire et fonctionner encore les vieux métiers à tisser que ma maman et ma grand-mère maternelle ont piloté.

Autre lieu qui m'inspire : Saint-Wandrille Rançon et sa communauté monastique nichée dans un écrin d'eau et de verdure, sous les lignes élancées du magnifique pont de Brotonne. J'y vais toujours avec un plaisir intense pour me soustraire à l'agitation de la ville. La halte peut y être gastronomique, touristique ou spirituelle ou tout cela à la fois. Saint-Wandrille, autour de l'abbaye de Fontenelle est un bijou qui se mérite. A titre anecdotique, c'était l'un des endroits aimés de l'Abbé Pierre. Tout le littoral cauchois, ses valleuses, ses valleuses et la manche aux sursauts imprévisibles me ravit également. J'y retrouve un peu de l'esprit breton car où est la mer on trouve toujours quelque chose de la Bretagne...
Mais, bon, je ne vis pas en Bretagne, bien que cela fut un temps mon désir afin de fouler à nouveau la terre de mes ancêtres... Je vis au Havre... où de nombreux bretons se sont installés. De cette ville où je vis et où je suis né, je retiens comme lieu favori le Parc de Rouelles à la sortie Nord-Est de la cité océane. Poumon vert de l'agglomération, alimenté des eaux de la Lézarde qui, comme son nom le suggère, paresse ici au milieu des arbres, des jolies pelouses, lavoir, petits ponts, des chevaux et de toute une petite faune ailée ou pas il est l'espace détente des havrais. On y fait son sport ou on y vient se promener en famille ou entre amis. La nature ne s'y montre jamais la même d'un jour sur l'autre... J'aime. Je suis un citadin qui aime la nature. Ayant vécu dans un logement construit par Auguste Perret j'admets que la vie y est agréable, avec des espaces ouverts, de grandes hauteurs sous plafond, le jour qui entre à profusion mais... j'aime par dessus tout m'en échapper pour me retrouver à la plage, à la forêt ou au parc. Une des curiosités à découvrir au Havre est, précisément, l'appartement témoin « Perret », conservé et aménagé de telle manière qu'on y vivait dans les années cinquante et soixante. Mais, pour tout dire je ne suis pas fan de cette architecturé. Je n'aime pas me sentir « encaserné ». Alors chaque fois que je peux, au Havre, je retrouve le prieuré de Graville ou Abbaye Sainte-Honorine, fondée au XIe siècle.

 

 

Question difficile, et je me doute que tu pourrais en citer mille autres, mais peux-tu nous citer quelques artisans et commerçants que tu recommande ?

 A cette question, je ne peux répondre de manière exhaustive. Le groupe Seine-Maritime que j'Aime rassemble beaucoup de commerçants et artisans de talents, allant des chefs étoilés au plombier ingénieux... Donc que ceux que je ne cite pas ne m'en veuillent pas, il me faudrait bien plus de temps et d'espace pour en dire tout le bien que je pense.

Néanmoins, pour jouer le jeu de cette nouvelle rubrique je dirai que j'apprécie tous les boulangers de quartier qui maintiennent au plus près des gens la tradition du bon pain. Le pain et le vin allant ensemble, je me fournis pour mes boissons de fête ou de réception aux Vins de la Transat, rue Dicquemare au Havre, une adresse d'ailleurs récemment distinguée par le critique gastronomique Périco Légasse... Mais j'avais découvert l'adresse avant lui... Non mais... A Rouen, j'aime me rendre à la librairie Album, à l'Armitière et mon attention a été attirée par la maison de parfum Berry qui met en flacon des fragrances typiquement normandes et même un parfum aux senteurs de la Cathédrale de Rouen !
Étant un amoureux de l'écrit, je me rends parfois à la boutique Syll, la maison du stylo au Havre pour y prendre en main ce que je considère toujours comme un objet d'art et je vais aussi à Rouen chez Scripte... Dans ce même secteur mon coup de cœur gastronomique ira au jeune chef Rodolphe Pottier du restaurant « Rodolphe » rue Percière, à Rouen toujours.
Mais vous l'aurez compris il en est beaucoup d'autres qui méritent un coup de chapeau et c'est pour ça aussi que Seine-Maritime que j'Aime existe, pour mettre en avant tous ces talents seinomarins. 

 

 

Les artistes qui te font vibrer en Seine-Maritime :

 Je suis un homme de l'écrit qui n'y connaît pas grand chose en musique ou en peinture. Encore une fois je vais jouer le jeu de la question mais beaucoup d'artistes sont membres de Seine-Maritime que j'Aime et méritent attention.

Étant assez rétif au graff, j'ai pourtant été enthousiasmé par le travail d'Ecloz, artiste rouennais qui donne à cet art contemporain toute la puissance des fresques de la renaissance (euh oui, quand j'aime je peux aller jusqu'à l'outrance vous diront certains). De la même manière, j'adore les œuvres d'Authouart  dont les couleurs enchevêtrées de néons ou de lueurs éclatantes subliment des univers urbains rendus oniriques. La peinture doit me faire rêver pour que je l'apprécie. Et dans cet ordre d'idée j'aime aussi beaucoup les œuvres de Patrick Boulnois, installé au Havre et qui tire de techniques héritées, là encore, de la renaissance, la faculté de réaliser des peintures à l'univers magique et onirique tout à fait singulier.
J'aime aussi beaucoup ce que fait la rouennaise Sophie Reulet avec des œuvres qui me font parfois penser à l'univers des comics rendu éclatant par la palette de l'artiste. J'ai découvert son travail lors d'une adaptation qu'elle en a faite sur... baby foot pour une vente aux enchères caritative.
En musique, il faudrait aussi en citer de nombreux, de ces artistes. J'ai découvert l'archet de Marc Tettiravou, violoniste installé à Gruchet-le-Valasse dont les notes de Bach font revivre en moi l'enfant qui découvrait, ravi, le classique avec son instituteur de l'école Victor Hugo à Bolbec, Monsieur Gouzi qui chaque semaine nous réservait une heure d'écoute de sa collection personnelle...
J'invite le lecteur de cet article à découvrir tous les autres dans notre groupe et... l'écriture étant un art à découvrir également les écrivains membres du groupe qui ne font pas forcément l'affiche chez Drouant mais ne manquent ni d'enthousiasme ni de talent et sont soutenus par des éditeurs du département.

 

 

Et pour finir, y'aurait-il des initiatives originales et, importantes dont tu aimerais parler ?

 Il y en a deux en fait.

La première ce sont les « boîtes à livre » que des collectivités locales ou des associations installent dans d'anciennes cabines téléphoniques ou bien fabriquées pour l'occasion. Chacun peut y déposer les livres qu'il veut et emprunter sans aucune formalité, pour le plaisir de la littérature nomade. Je crois fortement à cette liberté du livre qui se partage et emplir les villes de livres sortis de leurs « réserves » c'est ouvrir toutes les fenêtres de l'aventure.
La seconde c'est l'arrivée dans le département d'une association que je soutiens et que j'appelle à soutenir, il s'agit du « Refuge ». Une asso qui offre aux jeunes garçons et aux jeunes filles rejetés ou persécutés en raison de leur préférence homosexuelle un point de reconstruction, un hébergement le temps de se refaire un réseau social et de reconquérir l'estime de soi et la liberté de vivre sa vie.
Et voilà, à bientôt dans « Seine-Maritime que j'Aime ».


Retrouvez le groupe Seine-Maritime que j'Aime sur Facebook : https://www.facebook.com/groups/76infos/

(Oui l'url indique 76infos, mais c'est l'ancien nom, et c'est bien plus court imaginés sinon la longueur de l'url…)

 Interview dans le cadre de la rubrique À la rencontre de :

Un principe simple, partir à la rencontre de celles et ceux qui mettent en valeur la Seine-Maritime, sa nature, son patrimoine, les initiatives citoyennes etc...   Un questionnaire proposé par mail message Facebook, sans délais précis pour répondre, de manière à ce que l'interviewé puisse prendre le temps de la réflexion, sans "pression" de l'instant… Le tout remis en page et documenté, SANS TOUCHER AUX REPONSES de l'interviewé !


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